Assurance & UHNWI : quels enjeux ?

juin 2026 /

Une résidence à Londres, un yacht entre Méditerranée et Caraïbes, des tableaux qui circulent d’une exposition à un musée, un jet pour relier l’ensemble. La diversité et la complexité du patrimoine des clients UHNWI peut s’avérer difficile à couvrir en matière de risque. 

La police d’assurance est, par nature, un instrument très standardisé : pensée pour s’adapter, à quelques ajustements près, à toute une catégorie de biens. C’est précisément ce qui la rend mal armée pour couvrir des actifs d’exception, des patrimoines complexes et mouvants ou des personnes ultra-mobiles.

I. IARD : ce qui bouge est mal couvert

Ce qui fait la valeur des actifs d’exception, leur rareté, leur caractère transportable, est ce que la police IARD ordinaire gère le plus mal. Elle a été pensée pour couvrir un bien quelque part, pas un bien en mouvement.

Une collection d’art l’illustre bien. Assurer une œuvre accrochée chez son propriétaire ne pose pas de difficulté majeure. Mais dès lors qu’elle est donnée en prêt, envoyée à l’étranger pour une vente ou une exposition, ou qu’elle transite par un port franc, la couverture habituelle devient souvent insuffisante. C’est pourtant pendant ce transit que l’œuvre court le plus de risques. D’où l’intérêt d’une garantie « clou à clou », qui la suit du décrochage au raccrochage, quels que soient les pays traversés. 

En matière de yacht ou de jet, les polices connaissent des limites de navigation : elles fixent une zone autorisée au-delà de laquelle la garantie est suspendue, et l’aviation privée ajoute la question des territoires survolés et des espaces sous sanctions. Autant de conditions de validité dont on oublie souvent de se préoccuper au moment de la conclusion du contrat.

Le contrat ne couvre que le risque qu’on lui a déclaré. Pour un client mobile et très actif, souscrire ne suffit donc pas : la déclaration doit suivre un usage par nature mouvant, et c’est au conseil de porter cette actualisation. Une nuance prend d’ailleurs beaucoup d’assurés à contre-pied : la valeur agréée protège contre une mauvaise estimation du bien, jamais contre une exclusion. Un actif parfaitement valorisé peut ainsi se trouver hors couverture, pour la seule raison qu’il était là où le contrat ne l’attendait pas.

II. Assurance de personnes : la frontière qui annule la garantie

Ce qui vaut pour les biens vaut aussi pour la personne. 

Les contrats santé et prévoyance présupposent presque toujours un pays de résidence et un réseau de soins ; le client qui passe l’essentiel de l’année ailleurs cumule les angles morts. Une couverture santé nationale prend mal en charge les soins à l’étranger, en particulier aux États-Unis, où une hospitalisation atteint des montants difficiles à concevoir : seule une véritable assurance santé internationale, États-Unis inclus, garantit la continuité. Or beaucoup de contrats les excluent précisément pour contenir la prime. 

Côté prévoyance, les exclusions liées aux déplacements visent le quotidien même du grand voyageur : zones à risque, sports à sensations, aviation de loisir, navigation hauturière. Un accident pendant l’une de ces activités, et la garantie disparaît à l’instant où elle aurait dû jouer.

Il est donc primordial de veiller à la rédaction des contrats dès la souscription, afin de ne pas se retrouver dans un cas d’exclusion lors de la survenance d’un sinistre.

III. L’assurance épargne et l’Universal Life Insurance

En Europe continentale, on évoque presque systématiquement l’assurance vie, souvent luxembourgeoise, enveloppe de placement devenue incontournable qui cumule un volet principal d’épargne capitalisante auquel s’ajoute une composante, souvent secondaire, de prévoyance et planification successorale (couverture du risque lié au décès de l’assuré). Le capital décès correspond alors en principe à la valeur de rachat du contrat.

A contrario, les contrats dits Universal Life, eux, restent mal connus et demeurent surtout l’apanage des marchés anglo-saxons. 

L’Universal Life est, à l’origine, un véritable contrat d’assurance-décès à prime flexible, conçu dans la tradition anglo-saxonne où l’assurance-vie sert d’abord à garantir le versement d’un capital au décès. La composante de protection y est centrale et structurellement prépondérante, même si le contrat comporte une valeur de rachat qui se capitalise.

Le capital décès est structurellement supérieur à la valeur de rachat, à l’inverse du cas précédent. Le contrat garantit le versement d’un capital décès défini, tandis que la valeur de capitalisation peut être bien inférieure. La différence entre les deux est le capital dit sous risque, réellement assuré et tarifé par l’assureur via des coûts d’assurance.

Ces deux outils sont en réalité complémentaires et doivent faire l’objet d’un traitement particulier dans les situations internationales notamment en matière de qualification fiscale, traitement successoral et obligations déclaratives.

Conclusion

Chez les clients UHNW, le levier assurantiel demeure trop souvent sous-exploité, réduit à sa dimension de placement quand il devrait être pensé comme un véritable instrument de protection. 

Or les trois axes évoqués, biens d’exception, couverture des personnes et solutions d’épargne hybrides, ne prennent leur sens qu’articulés entre eux, à la lumière de la manière dont le patrimoine est réellement détenu, déplacé et transmis. 

Le rôle du conseil n’est plus seulement de souscrire des polices, mais d’auditer l’exposition globale du client et d’ajuster les garanties dans le temps. C’est à cette condition que l’assurance cesse d’être une ligne de coût pour devenir l’armature de la protection de la personne et de son patrimoine.